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au Centre Régional "Résistance & Liberté"

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Compte-rendu de la conférence :
" Les agriculteurs dans la Résistance sur le monument de Lageon "

au Collège Marie de la Tour d’Auvergne

le 27 janvier 1999

 

Organisée par :

Monsieur M. Chaumet, professeur agrégé d’histoire géographie

Avec le concours du Centre Régional " Résistance et Liberté ", du collège Marie de la Tour d'Auvergne, du Conservatoire de la Résistance et de la Déportation des Deux-Sèvres
 

En présence de :

Mme Odette Potiron,
M. Faucon et Mme Denise Allonneau,
M. Cailleau,
M. Pichot,
M. Geantet,
M. Abel Talbot et Mme Louise Talbot ,
M. Papillon
 

PARTIE 1 : L'AVANT-GUERRE

PARTIE 2 : MAI 1940

PARTIE 3 : LA VIE QUOTIDIENNE

PARTIE 4 : LA RÉSISTANCE

PARTIE 5 : ARRESTATION ET DÉPORTATION


 

 

PARTIE 1 : L’AVANT GUERRE
 

 

M. Chaumet : De quel milieu êtes-vous issus ? Pouvez-vous nous renseigner sur vos exploitations ?

Réponse d’Odette Potiron. Son témoignage porte sur l’engagement de son père Joseph Potiron et de son beau père Abel Noirbusson. Agée de 9 ans en 1940, Mme Potiron se souvient surtout du jour où son père est parti. Selon elle, aucun événement passé n’a pu préparer son père à entrer dans la Résistance. Elle précise aussi qu’elle ignorait tout à cette époque de l’engagement de son père dans la Résistance. M. Potiron exploitait la ferme de 30ha du " Mélier " en favorisant la polyculture (élevage, céréales et autres). La ferme Noirbusson avait une superficie de 50 ha. Elle précise que Abel Noirbusson était également Conseiller Municipal.
 

intervenants


 

Réponse de Louise Talbot. Deuxième fille de Joseph Potiron, épouse de Abel Talbot. Elle précise que son père était égelement Conseiller Municipal. La famille Talbot exploitait une superficie de 50ha. Les fermes des familles Potiron et Talbot se touchaient.

Réponse de M.Cailleau. Fils d’Ernest Cailleau, également agriculteur sur une exploitation de 120 ha. Son père est entré dans la Résistance suite à un contact avec le Dr Bouchet qui sollicitait le prêt d’un de ces terrains pour des parachutages. M.Cailleau a prêté le terrain et a proposé son aide au Dr Bouchet qui ne le lui avait pas demandé. Ernest Cailleau avait fait la première guerre mondiale avant d’être réformé pour maladie en 1919, date à laquelle il reprit l'exploitation de son père. Ernest Cailleau occupa en à partir de 1937 les postes de Conseiller Municipal et Conseiller d’arrondissement (aujourd’hui disparu)
 

 Mme Cailleau, M. Talbot et Mme Potiron


 

Réponse de M. Geantet. Fils de Casimir Geantet, exploitant d’une superficie de 15 ha, située sur la commune de Ripère près de Maisontiers. Né à Amailloux (à quelques kilomètres de Ripère), Casimir Geantet est arrivé sur la commune de Ripère en 1922. Il a occupé le poste de Conseiller Municipal. 


Réponse de Denise Allonneau. Nièce et filleule de René Brossard. Il est le plus jeune inscrit sur le monument de Lageon puisqu’il avait 22 ans en 1939. René Brossard était né dans une ferme de 5 ou 6 ha située au Breuil Bernard. Il était ouvrier agricole dans plusieurs fermes. Il ne travaillait pas dans celle des parents des parents de Denise Allonneau. Madama Allonneau n’a vu son parrain qu’une seule fois.
 

Mme Allonneau et M. Brossard


 

Réponse de Gérard Pichot. Résistant déporté et survivant des camps. Cet agriculteur fait part de son engagement. M. Pichot indique qu’il est originaire d’une famille agricole installée à Tourtenay depuis 1780. L’exploitation d’40 ha, était divisée en deux (une partie propriété et une réservée au fermage pour la polyculture, les céréales et la viticulture). M. Pichot indique qu’il est issu d’une famille engagée puisque son grand-père a été doyen des Maires des Deux-Sèvres (Maire vers 1839 et 1880. M. Pichot indique que son arrière arrière-grand-père maternel, Pierre Marchais, avait déjà des idées de " Liberté Républicaine ", qui lui valurent d’ailleurs d’être interné à Luçon sous Louis Philippe. L’arrière-grand-père maternel de Monsieur Pichot, instituteur, était aussi fortement imprégné des idées républicaines.

 

 

M. Chaumet : Savez-vous si des résistants déportés nommés sur le monument de Lageon, ont eu des fonctions dans les syndicats agricoles ?

Réponse de M. Cailleau. Son père s’occupait du syndicat en 1937 lorsqu’il a été sollicité pour se présenter comme Conseiller d’arrondissement. Ces derniers étaient situés entre les Conseillers Municipaux et les Conseillers Généraux. Leur rôle éétait d’émettre des vœux.

M. Brossard et M. Geantet


 

 M. Chaumet : L’arrivée de la guerre a-t-elle été pressentie ? De quelles informations disposaient-ils ?

Réponse de M.Cailleau. La seule information qui arrivait dans sa ferme, à deux kilomètres du bourg, était celle transmise par le facteur, lorsqu’il déposait les rares lettres à leur destinataire. La famille Cailleau avait le journal une fois par semaine, le mercredi, qui leur était déposé par le facteur chez un de leurs cousins. M. Cailleau était chargé de récupérer le journal. Son père était inquiet par rapport à ce qui se passait en 1938.

 

M. Chaumet : Est-ce que dans les autres familles, comme dans celle de M Cailleau, les gens étaient inquiets à la veille de la guerre ?

Réponse de M. Talbot. A l’époque militaire, il sentait que la guerre était proche.

 

M. Chaumet : comment les gens étaient au courant de l’information et aviez-vous la radio ?

L’ensemble des témoins répond qu’ils n’avaient pas la radio surtout parce qu'ils ne disposaient pas de l’électricité. M. Geantet indique tout de même avoir eu la radio juste avant la guerre, chez une tante, en 1939. Le premier poste radio vu par M. Pichot avait été confectionné par l’instituteur vers 1933,1934 et surnommé le poste " Galère ".

 
M. Chaumet : Comment étaient informés les agriculteurs des événements nationaux et internationaux ?

Réponse de Mme Allonneau et M. Faucon. Ils avaient des journaux mais d’après eux, ils ne comportaient aucune information sur les événements extérieurs. Ils lisaient " La France de BORDEAUX ".

Réponse de M. Geantet. Il lisait " La Dépêche du Centre ".

Réponse de M. Faucon. Il lisait  le" du Petit Courrier ".
 

 

 


PARTIE 2 : MAI 1940

 

M. Chaumet : Est-ce que vos parents ou vous-mêmes avaient été mobilisés ?

Réponse de Madame Potiron. Son père fut mobilisé pour conduire des chevaux qui venaient d’être réquisitionnés. Il fut mobilisé au total pendant une semaine

Réponse de M. Geantet. Son père a été mobilisé et affecté à la poudrerie nationale d’Angoulême avec Marcel Grimault. Il a été démobilisé au mois de mars.

Réponse de M. Faucon. Il indique que M. René Brossard  a été mobilisé puis fait prisonnier et libéré.

Réponse de M. Cailleau. Il avait deux beaux frères mobilisés. Son frère faisait alors son service militaire.

 
M. Chaumet : Des membres de votre famille ont-ils été envoyés au front ?

Réponse M. Cailleau. Un de ses beaux frères a été sur le front de la Somme. Son autre beau frère, accidenté a été hospitalisé à l’hôpital d’Angers où il fut fait prisonnier par les Allemands lors de l’invasion de la ville et envoyé à Saumur.

Réponse de M.Faucon. Lui et 7 membres de sa famille, (cinq beaux frères, M. Faucon et son frère) étaient au front. Il était dans le 11ème Cuirassé, basé dans la trouée de Sedan, c’est-à-dire précisément à l’endroit où les Allemands ont attaqué.

 
M. Chaumet : Qu’est-il arrivé à René Brossard ?

Réponse M. Faucon. M. Brossard a été également mobilisé dans le 20ème Régiment à Poitiers. Fait rapidement prisonnier, il a été envoyé en Allemagne dans un camp de prisonniers militaires.


M. Chaumet : Quels étaient les avis au sujet de la défaite et de l’armistice ?

Réponse de M. Pichot. Chez lui, il y avait un sentiment de honte, la honte d’avoir perdu la guerre et un sentiment d'anxiété par rapport à l’avenir. L’anxiété notamment de ceux qui avaient déjà connu 1914/1918. Ces anciens combattants de 1914 ou ces personnes ayant connu la première guerre incitaient les jeunes à partir des campagnes et à fuir la guerre. " Les anciens " de 1914 disaient que les Allemands allaient saccager le pays. Mais la rapidité des événements empêcha tout départ. Au début de l’occupation,  lui et sa famille furent surpris par l’attitude plutôt aimable et la correction des Allemands.

 

M. Chaumet : Ressentiez-vous tous cette " correction " des Allemands par rapport à la population ?

Réponse unanime et affirmative des témoins.

Réponse de M. Faucon. Il rapporte un événement survenu dans son village. Des soldats Allemands avaient obligé trois filles et leur mère à se déshabiller et à rester nues dehors. Il n’y avait pas eu d’agression sexuelle. Le lendemain, de colère, la mère des jeunes filles a été à la Kommandantur. Le commandant Allemand lui a demandé d’identifier les soldats fautifs. Les jeunes gens désignés ont avoué et ont été fusillés sur ordre du commandant.  
 

M. Chaumet : M. Geantet, pouvez-vous nous dire ce que vous, votre famille et le village ont ressenti ?
Réponse de M. Geantet.
Jusqu’en juin 1940, il n’y avait eu que quelques accrochages militaires et une petite résistance militaire dans son village. M. Geantet se souvient qu’une troupe de soldats français est partie la veille de l’armistice, un samedi et que le lundi, le village était occupé par les Allemands.
 

M. Chaumet : Quelle était la réaction de vos familles au sujet de la débâcle militaire ?

Réponse de M. Cailleau. Lorsque son père a appris que l’armée française voulait organiser une ligne de résistance sur la Loire, il a dit "ils n’ont pas été capables de les arrêter sur la Seine alors pourquoi sur la Loire". Pour le père Cailleau " c’était cuit ".

Réponse de M. Talbot. Etant militaire, il a connu la retraite désorganisée de l’armée. Il raconte les anciens de 1914, les insultaient en leur disant qu’ils se " sauvaient comme des lapins ". Il rapporte qu’il y avait un sentiment général de soulagement car tout le monde croyait en Pétain en tant que vainqueur de la 1ère guerre et sauveur possible de cette seconde guerre.

 
M. Chaumet : Dans les fermes, l’armistice était-il un soulagement ou un sujet d’inquiétude ?

Réponse de M. Cailleau. Il se souvient d’un sentiment de soulagement. Son premier souvenir de l’occupation est l’arrivée de deux Allemands à vélo venus pour réquisitionner l’alimentation. Il se souvient que les deux Allemands avaient demandé des œufs et avaient demandé de les faire cuire pour le transport. Pendant la cuisson des œufs, un des Allemands est entré chez eux et a déclaré, en voyant la carte de France accrochée au mur, "dans 3 semaines Angleterre, kaput !". M. Cailleau a alors répondu : « Peut-être, mais n’oubliez pas qu’entre les deux, il y a de l’eau et donc il faudra traverser ».

 

M. Chaumet : Que pensiez-vous de Pétain en juin 1940 ?

Réponse de M.Papillon. « Il fallait que ça s’arrête. »

Réponse de Arsène Talbot. En tant que militaire, il était très vexé ainsi que tous ses camarades de cette défaite. Mais il  a rapidement retrouvé l’espoir, en entendant de Gaulle à la radio le 24 juin.

Réponse de M. Pichot. L’arrivée de Pétain c'était l’arrivée d’un homme prestigieux grâce à 1914/1918 et aussi le retour au calme et le retour des jeunes du front dans les fermes.

Réponse de M. Geantet. Autour de lui, les gens avaient confiance en Pétain grâce à sa victoire en 1918. En conclusion, en juin 1940, Pétain avait l’image du général victorieux de 1918 qui reprenait les choses en mains.

 

 


PARTIE 3 : LA VIE QUOTIDIENNE

 

M. Chaumet : Quels changements dans la vie quotidienne sont survenus avec l’occupation ?

Réponse de Mme Potiron. Cela n’a pas changé grand chose pour elle et pour sa famille cela.

Réponse de M. Cailleau. Cette période marque surtout le retour d’un de ses beaux frères qui devait tout de même se présenter à la Kommandantur à la fin de chaque mois. Finalement, rappelé le 20 octobre à Saumur, ce beau-frère a été renvoyé en Allemagne.

  
M Chaumet : Les fermes, comme les villes ont-elles connu des problèmes de ravitaillement ?

Tous les témoins disent ne pas avoir connu la faim et la pénurie. M. Geantet s’estime même heureux d’avoir été à la campagne à cette époque. Il a pu, par exemple, manger du pain de maïs. Un de ses oncles venait de Nantes à vélo afin de chercher du ravitaillement chez eux. Cette pratique était courante. M. Arsène Talbot a même vu des parisiens venir dans la région pour se ravitailler légalement ou faire du commerce, c’est-à-dire au marché noir.

 

M. Chaumet : La conduite de l’exploitation a-t-elle changée ? Y avait-il des tracteurs, par exemple ? Manque d’engrais ?

Réponse de M. Cailleau. Il explique qu’aucune exploitation n’était motorisée. Les engins agricoles n’avaient pas encore remplacé les chevaux. Cependant, en sa qualité de Conseiller d’arrondissement, le père de M. Cailleau avait une voiture et un laissez-passer…mais pas d’essence. L’essence était également indispensable pour les lampes à carbure.

Il n’y a pas eu de manque d’engrais puisque le seul utilisé à l’époque était le fumier.

 

M. Chaumet : Quelles étaient les difficultés liées au transport ?

Le moyen de transport le plus répandu était le vélo et le principal problème était de trouver des pneus. M. Papillon raconte qu’il a dû échanger un pneu de vélo contre des cartes de tabac. Mme Potiron en a échangé contre du beurre. M. Cailleau, quant à lui a payé un luis d’or pour un vélo et a donné 1000 francs pour la commission du vendeur. M. Cailleau indique avoir connu également des pneus fabriqués grâce à des tuyaux d’arrosage.

 

M. Chaumet : Quels changements au niveau des vêtements ?

On assistait par exemple, au retour des chaussures à semelles de bois. D’un façon générale, les témoins s’estiment une fois de plus privilégiés par rapport à la population urbaine car, possédant des moutons, ils filaient la laine eux-mêmes.

M. Cailleau se souvient d’un costume, fabriqué pour son père juste avant la guerre et comme son père n’est jamais revenu, c’est lui qui l’a porté.


M. Chaumet : Quel était l’impact des réquisitions dans la vie quotidienne et sur l’exploitation agricole ? Y a-t-il eu des réquisitions durant toute la période de l’Occupation ? S’agissait-il de réquisitions pour les Allemands ou de réquisitions pour les Français ? Quels étaient les produits et animaux réquisitionnés ?

Réponse de M. Arsène Talbot. Les premières réquisitions étaient faites par les Français. se souvient de commissions de réquisition qui concernaient les bêtes (chevaux, vaches, moutons) et également les céréales.
Réponse de M. Cailleau. Il donne une liste exacte établie grâce aux notes prises par sa mère après chaque réquisition.

 

M. Chaumet : Comment se passaient les réquisitions ?

Réponse de M.Cailleau. Les Allemands demandaient à la mairie de fournir une certaine quantité et c’était le maire qui était chargé de réquisitionner. D’après lui, ce sont surtout les conserves qui étaient réquisitionnées car il semblait difficile au maire de prendre une vache dans une ferme qui n’en possédait que 3. Les réquisitions ont duré pendant toute la période d’occupation.
 

M. Chaumet : Quelle était l’attitude des maires et des élus municipaux par rapport aux réquisitions ?

Réponse de M. Pichot. C’était un sujet de discorde, renforcé par la présence et la pression des militaires allemands.


 

 

PARTIE 4 : LA RÉSISTANCE

 

M. Chaumet. Y avait-il des troupes d’occupation dans les villages ?

Réponse de M. Arsène Talbot. Les Allemands sont arrivés dans le petit hameau de Ripère,(79) après les parachutages, suite aux affaires et aux arrestations.

Réponse de Mme Potiron. Elle se souvient que les Allemands occupaient l’école de Lageon. Et après les parachutages à la ferme du " Mélier " où elle vivait avec son père, les Allemands étaient présents tous les soirs sur le terrain.

Réponse de M. Cailleau. A Maisontiers (79) des Sous-officiers occupaient le château. Il se souvient qu’ils n’étaient pas très nombreux et qu’ils étaient habillés tout en noir.

Réponse de M. Pichot. A Tourtenay (79) au début de l’occupation il n’y avait pas énormément de militaires Allemands. Il voyait surtout des troupes de passage. Les militaires Allemands s’intéressaient à Tourtenay pour savoir si les carrières de tuffeau et les grottes étaient exploitables afin de cacher des armes ou du matériel militaire. Les villageois de Tourtenay ont découragé les Allemands en leur racontant qu’il y avait de nombreux éboulements. Après les parachutages et les arrestations à Tourtenay, les militaires Allemands ont " investi " avec 45 tonnes de matériel. Des miradors ont en plus étaient installés dans les grands arbres à Tourtenay. Tourtenay étant sur une butte, ils permettaient de voir assez loin.

Réponse de M. Papillon. Des militaires Allemands, plutôt nombreux et équipés de chars étaient présents à Secondigny (79)


M. Chaumet : Est ce que la présence des Allemands dans les villages à la vue quotidienne des villageois a développé un sentiment de mécontentement qui a pu provoquer l’engagement dans la Résistance de certains témoins ou de leurs parents ?

Réponse évasive des témoins. D’après M.Chaumet, la présence des Allemands n’était donc pas un des motifs essentiels de rentrer en Résistance.

 
M. Chaumet : Dans les villages savait-on que certaines personnes n’étaient pas hostiles à la présence des Allemands ?

Réponse de M. Pichot. Il connaissait des personnes qui recevaient des Allemands chez eux. M. Pichot indique que ce n’était pas un phénomène rare. En grande majorité, il s’agissait de gens qui " laissait faire ". Le maire de Tourtenay par exemple, probablement plus peureux que méchant, n’a pas hésité à venir, le lendemain de l’arrestation de M. Pichot et de son père, chez Mme Pichot afin de lui demander de rendre ses cartes d’alimentation.

Réponse de M. Cailleau. Il connaissait un voisin qui prêtait ses chiens aux Allemands pour la chasse. Les Résistants voulaient fusiller cette personne mais il s’y est opposé leur demandant d’attendre qu’il soit jugé à la fin de la guerre.  Un jugement fut fait après guerre et le voisin fut condamné à 18 mois de prison.
 

M. Chaumet : Présentez précisément les motivations et les circonstances de votre entrée en résistance ou celle de vos parents.  

Réponse de M. Arsène Talbot. Il s’est engagé en mai 1942 après avoir été contacté par Roger Bernard. Ce dernier était entré dans la Résistance après avoir été renvoyé du poste de maire de la commune de Lageon pour être remplacé par un nouveau maire nommé par Vichy. Roger Bernard était lié à Eugène Brisset de Parthenay.

Réponse de Denis Allonneau. René Brossard était prisonnier en Allemagne. Il s’est évadé et est allé travailler comme ouvrier agricole chez Calixte Vendé, qui était très investi dans la Résistance. C’est à son contact qu’il a choisi de rentrer dans la Résistance.

Réponse de M. Cailleau. Son père Ernest Cailleau, a été contacté par le docteur Bouchet en avril 1943. Le docteur Bouchet désirait un terrain de parachutage et savait que Cailleau avait un terrain adéquat, loin des routes, assez long et plat. Ernest Cailleau a prêté son terrain et est entré en Résistance car il était hors de question pour lui de seulement prêter son terrain.

Réponse de M. Geantet.  Son père est entré en Résistance par l’intermédiaire de Roger Hélier en 1943.

Réponse de M. Papillon. Il est entré en Résistance en juin 1944 après le débarquement, vers le 30 juin. Il participa au maquis de Secondigny.

Réponse de M. Pichot. Il est rentré en Résistance suite à un contact avec la famille Hélier. En effet, la sœur de M. Pichot, Léone Pichot, née en 1923, s’est mariée en 1942 à Jean Hélier, fils de Roger Hélier originaire de la Chapelle St Laurent. Roger Hélier, accompagné du Colonel Didier Delahaye, originaire de la Chapelle St Laurent rapatrié de Syrie, sont venus ensemble le 20 novembre 1942 contacter Léonce et Gérard Pichot  pour les aider à trouver un terrain de parachutage, leur demander de participer à la réception des parachutages et  enfin de trouver des caches pour les armes parachutées. Jean Hélier et sa femme Léone Hélier, née Pichot, vivaient dans la maison familiale des Pichot. Il y avait donc un contact quotidien entre Jean Hélier et la famille Pichot.
Avant les parachutages, Léonce et Gérard Pichot faisaient les agents de liaison entre Thouars et Roger Hélier situé à la Chapelle St Laurent. M. Pichot prenait régulièrement le train de Bressuire avec son épouse afin d’échanger des messages : messages sur d’autres contacts, renseignements par rapport aux cheminots ou encore sur des mouvements de troupes. Ce groupe était composé de Roger Hélier comme chef, de Léonce & Gérard Pichot, Ludovic Courtin, Gabriel Mathé, de Paul Van Wymerch et d’une dernière personne présente seulement au premier parachutage, Abel Tounoire. Abel Tounoire était le beau père de M. Gérard Pichot, c’est à dire le père de sa femme, Mme Jeanne Pichot, née Tounoire.

M. Pichot s’est marié avec Jeanne Tounoire en mai 1943. La famille Tounoire est originaire de Tourtenay comme la famille Pichot. Ces deux familles se connaissaient bien. Abel Tounoire est rentré en résistance par connaissance des agissements de son beau fils, Gérard Pichot.
 

M. Chaumet : Les résistants avaient-ils conscience des risques qu’ils prenaient et qu’ils faisaient prendre à leur famille ?

Réponse de M. Pichot. Les Allemands n’étant pas dans le village ils ne pensaient pas être en danger. Par contre, ils connaissaient les risques en cas d’arrestation : l’exécution. M. Pichot avait confiance en ses co-équipiers de réception de parachutage, même s’il ne les connaissait pas tous avant les parachutages. Il prenait des précautions en utilisant pas les armes parachutées par il était encore plus risqué de se faire prendre les armes à la main.
 

M. Chaumet : M. Cailleau, vous faisiez parti du groupe OCM (Organisation Civile et Militaire) de Lageon. M. Pichot vous apparteniez au groupe OCM de Tourtenay. Etiez-vous au courant de l’existence d’autres mouvements de la même organisation dans la région. Saviez-vous que votre mouvement était d’envergure nationale ?

M. Cailleau et M. Pichot n’avaient aucune connaissance d’autres groupes aussi proches mais ils savaient cependant que leur groupe était une organisation nationale. Il n’y avait pas de messages qui circulaient car c’est le message diffusé par la BBC qui déclenchait tout.
 


 

PARTIE 5 : ARRESTATION ET DÉPORTATION

 

Intervention de M. Pichot. Il a assisté à l’arrestation de son père le 09 août 1943, et s’est alors enfui et caché pendant 3 jours dans les marais. Il revient de nuit chez son beau père Abel Tounoire. C’est là que Gérard Pichot sera arrêté 10 jours plus tard, dans la nuit du 18 au 19 août 1943 à 3 heures du matin. Abel Tounoire échappe à l’arrestation car dans l’équipe aucune personne ne connaissait son nom.

Le 12 janvier, M. Pichot est emprisonné à Compiègne, où il reste une semaine avant d’être déporté en Allemagne à Büchenwald. Les témoins précisent qu’après les arrestations soit de leur père, ou soit comme M. Pichot, de lui-même, ce sont les femmes qui ont repris le relais dans les champs.
 

M. Chaumet : Les familles avaient-ils des nouvelles des absents ?

Les témoins recevaient très peu de nouvelles, et souvent en allemand. Ils recevaient des lettres sur lesquelles les déportés indiquaient le numéro de leur block n°(X) à Büchenwald. Les témoins indiquent que les colis et les courriers étaient contrôlés par les Allemands dans les deux sens : ceux qui partaient vers les camps de déportation et ceux qui en arrivaient.
 

M. Chaumet : M. Pichot, quel fut votre accueil en France et votre sentiment au retour ?

Réponse de M. Pichot. Son accueil a été à la fois formidable et terrible. Formidable car tout le monde était content de le revoir et lui même était content de goûter à la liberté. Mais terrible car il pensait à tous ceux qui n’étaient pas revenus. Des femmes et des enfants venaient le voir pour lui demander s’il avait connu des membres de leur famille dans les camps. Mais malheureusement la plupart du temps, il donnait des mauvaises nouvelles.

 

 

 

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