|
|
Les débuts difficiles de la Résistance |
Le contexte
En 1940 la France ne comptait pas
40 millions de collaborateurs. Rares pourtant ceux qui dès le début de l’occupation
allemande ont dit simplement " non ". L’invincibilité de
la Wehrmacht, l’absence d’alliés, hormis l’Angleterre repliée sur son île, la déroute des autorités françaises, civiles et militaires, tout pouvait
inciter la population à rester dans l’attentisme.
Les premières actions
La Résistance, même si on ne l’appelait
pas encore ainsi, débute dès le 17 juin 1940 lorsque des soldats refusent d’obéir
aux ordres de désarmer. C’est le cas du lieutenant Naud mort au combat dans
la plaine de Moncontour le 22 juin 1940. C’est aussi l’action individuelle
et spontanée de particuliers tels Etienne Achavanne, fusillé en juin 1940 pour
avoir coupé des fils téléphoniques. C’est le geste réfléchi du préfet de
l’Eure-et-Loir Jean Moulin qui tente de se
suicider pour ne pas obéir aux ordres. C’est aussi l’attitude du capitaine Henri
Frénay qui dès l’été 1940, après s’être évadé, imagine la
création d’un " mouvement " destiné à libérer le pays.
Citons encore le comportement, du lycéen airvaudais Henri
Ecochard qui, après avoir entendu le discours de Pétain, effectue, le (…
), le trajet Tours-la Rochelle en vélo pour rejoindre l’Angleterre.
Des motivations différentes
Qui sont ces premiers
réfractaires ? des militaires d’abord, dont le patriotisme et la
conception du devoir les conduisent à désobéir aux ordres. C’est le cas de Frénay
ou du lieutenant Simon, actuel Chancelier de l’Ordre de la Libération. On
trouve aussi des figures issues de l’extrême droite qui n’acceptent pas l’occupation
étrangère. Mais la grande majorité des premiers résistants partagent avant
tout les valeurs humanistes de la démocratie, de la liberté et des droits de l’homme.
" Résister c’est réfléchir " insiste Lucie Aubrac. Ce n’est
pas un hasard si ces résistants, avant la guerre, s’engageaient dans la vie
politique, syndicale ou associative. Certains s’efforçaient même d’alerter
l’opinion publique sur la menace du fascisme, comme Pierre
Brossolette, universitaire et journaliste au Populaire.
L’appel du 18 juin
" La flamme de la
résistance ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas ".
Cet appel lancé à la BBC par le général de Gaulle, inconnu des Français, a
été peu entendu et encore moins suivi, tant la victoire allemande semble
inéluctable en juin 1940. Parmi les soldats français présents sur le sol
britannique, seuls 1200, notamment des marins, vont constituer l’embryon des
Forces françaises libres. Viennent s’ajouter les premiers volontaires,
notamment des Bretons, et en particulier les 121 hommes de l’île de Sein.
Rallier les colonies
Constatant l’adhésion des
autorités françaises à Vichy, le général de Gaulle confie à quatre
représentants, Leclerc, Pleven, de Boislambert, et
de Larminat, la mission de négocier les ralliements des colonies. Si l’échec
des français libres à Dakar a compromis le ralliement de l’Afrique
occidentale française, de Gaulle peut en revanche compter sur les ralliements
du Tchad, le 26 août, du Cameroun le 27, et de toute l’Afrique équatoriale
française le 29. Ils fournissent à la France libre ses premières assises
territoriales.
| Les premières actions de la
Résistance |
Contrer la propagande allemande ou vichyste
Informer la population est une
préoccupation majeure. Dès juillet 1940, la France libre dispose de deux
émissions quotidiennes à la BBC. A l’intérieur, face à la propagande
allemande ou vichyste, qui détiennent le monopole des moyens d’expression, la
Résistance doit faire entendre une parole différente. La plupart des
mouvements de Résistance se développent autour de journaux clandestins qui
voient le jour dès 1940. C’est le cas de Valmy, lancé le 20
septembre, jour anniversaire de la victoire contre les Prussiens, ou des Petites
Ailes de France de Frénay, qui deviendront
Combat.
Fournir des renseignements
Dès juillet 1940, la France
libre mit sur pieds un service de renseignements rebaptisé ensuite Bureau
Central de Renseignements et d’Action (BCRA) et
dirigé par le Colonel Passy. Il s’agissait, en
recrutant des agents sur l’ensemble du territoire français, de recueillir le
maximum de renseignements sur l’occupant. L’agent le plus remarquable fut
sans conteste le colonel Rémy, fondateur du
réseau C.N.D. (Confrérie Notre-Dame) qui couvrait
tout l’ouest du Pays, et disposait d’un radio, Anquetil,
qui envoyait ses messages de Thouars avant d’être arrêté par la gestapo en
juillet 1941.
L’organisation des réseaux
Selon Claude Bourdet, compagnon
de Frénay à Combat,
" un réseau est une organisation créée en vue d’un travail
militaire précis, essentiellement le renseignement, accessoirement le sabotage,
fréquemment l’évasion de prisonniers ". Le recrutement d’un
réseau s’effectue par connaissances, comme le docteur Bouchet,
de Saint-Loup sur Thouet, contacté le 12 janvier 1941 par le capitaine Thomas
du Service Secret de Renseignements Militaires de l’Armée. Grâce à ses
relations, son laissez-passer, le docteur Bouchet
recruta de nouveaux agents avant d’être arrêté en août 1943. Un autre
exemple local, l’action menée par le réseau OS 680 qui sabotait la
production des trains d’atterrissage de l’usine
Rusz, implantée à Thouars.
|
Les progrès de la Résistance |
A l’extérieur, les premiers
succès
Les volontaires qui rejoignent l’Angleterre
au cours de l’été 1940 reçoivent une formation avant d’intégrer la 1ère
Division française libre. Pour ne pas apparaître comme une " légion
étrangère " dans l’armée britannique, le 27 octobre 1940, de
Gaulle lançait de Brazzaville un manifeste instituant le Conseil de défense de
l’Empire. Le 1er mars 1941, le général Leclerc
prenait Koufra et prêtait le serment de ne pas déposer les armes avant de
faire flotter le drapeau tricolore sur Strasbourg. Au cours de l’été, les FFL
occupent la Syrie avant de participer aux combats contre les Allemands en
Afrique du Nord, s’illustrant notamment en soutenant le siège de Bir-Hakeim,
résistant 15 jours aux assauts de Rommel.
Un contexte moins défavorable
L’invasion de l’URSS en juin
1941 entraîne un engagement massif des communistes dans la Résistance.
Pourtant, le maréchal Pétain conserve une bonne image dans l’opinion public
et même aux yeux de certains mouvements de Résistance en zone Sud. Plusieurs
évènements vont le discréditer en 1942 ; l’occupation de la
" zone libre " en novembre , et surtout l’instauration du STO
en février 1943.
Le contexte international évolue
également avec, en novembre 1942, le débarquement anglo-américain en Afrique
du nord et les premières défaites allemandes à El Alamein puis à Stalingrad
où Von Paulus capitule le 2 février 1943.
Des formes d’action
multiples
Défendre la liberté, refuser la
défaite, libérer le territoire, quelque soit la motivation, la Résistance est
d’abord une lutte contre l’occupant. On pense bien sur aux actions de
sabotage sur les moyens de communication, notamment les lignes téléphoniques
ou les voies de chemin de fer, l’hébergement de personnes recherchées par
les Allemands ou la transmission de renseignements (voir chapitre précédent).
Mais la Résistance c’est aussi des actions moins spectaculaires telles que
manifester son hostilité à l’occupant par des inscriptions ou des sifflets
pendant la diffusion des actualités allemandes, refuser de vendre des produits
agricoles aux soldats allemands, ramasser et transmettre des tracts.
L’organisation des
mouvements
Le principal objectif d’un
mouvement est de rallier le plus grand nombre de personnes à la Résistance. Le
recrutement s’effectue de manière individuelle, par des liens familiaux,
professionnels, syndicaux ou politiques. L’adhésion à un mouvement c’est
avant tout l’adhésion aux idées défendues par le journal du mouvement.
En zone nord, la présence
allemand suscite des réactions patriotiques qui s’expriment dans la
clandestinité. On distingue ainsi l’OCM, qui
recrute des cadres de l’administration ou de l’industrie, Libération
à forte proportion de militants socialistes et de syndicalistes, et le Front
national, directement lié au parti communiste.
En zone sud, les principaux
mouvements se positionnent par leur attitude face au gouvernement de Vichy. A
côté de Combat, le plus puissant et le plus
structuré des mouvements de Résistance, Libération
s’affirme par ses positions plus radicales voire révolutionnaires.
(voir la carte des principaux
mouvements)
|
L’unification de la Résistance |
La fusion des mouvements
Parachuté le 2 janvier 1942, Jean
Moulin est chargé par le général de Gaulle d’unir les mouvements de
Résistance et de créer une armée secrète unifiée. Il doit composer avec les
rivalités entre les chefs de la Résistance et leur hostilité à recevoir des
ordres de l’extérieur.
Le pas décisif est franchi en
janvier 1943 avec la création des MUR (Mouvements
unis de la résistance) en zone sud, puis le comité de coordination réalisé
en zone nord par Pierre Brossolette et le colonel Passy.
Face aux conflits de personnes et aux divergences entre mouvements, Jean
Moulin choisit une personne neutre, le général Delestraint,
pour diriger l’armée secrète.
Le CNR
A
partir de 1942, s’impose la nécessité de regrouper les mouvements, les
partis et les syndicats au sein d’une structure commune destinée à
préparer le gouvernement du pays après la libération. Le 21 mars 1943, Jean
Moulin revient en France avec la mission de former un Conseil
national de la Résistance.
Devant l’hostilité des chefs des mouvements qui craignent une
récupération politique, on remplace les partis par " tendances
politiques ", ce qui revenait au même.
La
première séance du CNR, composé de 18 membres,
dont huit représentants des mouvements et huit représentants des syndicats
et des partis politiques, s’est tenue le 27 mai 1943 sous la présidence de Jean
Moulin.
Du CFLN au GPRF
Le 3
juin 1943 est mis en place le Comité français de libération nationale (CFLN),
c’est à dire le gouvernement de la France libre, qui dirige les armées
françaises et exerce la souveraineté dans les territoires libérés. De
Gaulle, pour l’autorité civile et le général Giraud
pour l’autorité militaire, se partagent la coprésidence, mais ce dernier
est rapidement évincé avant que, le 3 juin 1944, le CFLN
se transforme en Gouvernement provisoire de la république française (GPRF).
Participent
à ce gouvernement, installé à Alger, des représentants de la Résistance
intérieure comme Frénay
et d’Astier, des membres de la France libre et
des personnalités politiques.
Les FFI
Par une
ordonnance du CFLN datée du 1er
février 1944, de Gaulle a institué les Forces françaises de l’Intérieur
destinées à absorber les différentes forces militaires présentes sur le
territoire français : l’Armée secrète (AS)
issue de la fusion des principaux mouvements, les Francs-Tireurs et Partisans
(FTP) qui rassemblent des groupes paramilitaires
communistes, et des membres de l’Organisation de résistance de l’Armée (ORA).
L’objectif
était de donner à ces combattants, placés sous la direction du général Koenig,
le statut de soldats réguliers afin de les placer sous la protection des
accords internationaux, mais le port d’un brassard n’a pas toujours
dissuader les Allemands de fusiller certains prisonniers.
Dans
les Deux-Sèvres, les FFI sont placées sous le
commandement d’Edmond Proust
(Chaumette), organisateur d’un mouvement local
rattaché à l’OCM.
La Libération
la
Résistance a joué un rôle essentiel dans la libération de la France, non
seulement par les renseignements qui ont permis la réussite du débarquement,
mais encore parce que les actions de harcèlement pratiquées par les FFI
ont obligé les Allemands à diviser leurs forces. Tout le Sud-Ouest fut ainsi
libérée par la Résistance.
Le 6
juin 1944, un commando des FFL participe au débarquement
de Normandie. Le 25 août, Paris est libérée par la 2ème DB du
général Leclerc.
Deux
jours plus tard, soit deux semaines après la diffusion par le général Koenig
du message invitant les résistants deux-sèvriens à passer à l’action,
les Allemands quittaient Niort.

|