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L’exploitation du mythe de Guynemer par Vichy


Ténacité, courage, pureté, noblesse, grandeur furent les qualificatifs qui revinrent le plus souvent dans des biographies du jeune pilote. Sa devise elle-même, " Faire face ", devint objet de légende.

Le " mythe Guynemer " crût pendant l’entre-deux-guerres, pour atteindre son apogée pendant la Seconde Guerre mondiale.


1/ L’exploitation du Mythe dans la presse vichyste

 

L’exemple de Guynemer fut en effet réutilisé par la presse de Vichy pour inciter les Français à prendre modèle sur le jeune héros. Cependant, le message évolua entre 1940 et 1943.

En septembre 1940, il s’agissait de se souvenir, de se recueillir, et de dénoncer les responsables de la défaite, comme le titre le Petit Journal du 11 septembre 1940, " aujourd’hui, l’anniversaire de cette fin héroïque revêt un caractère d’exemple (...).Les vertus de Guynemer (...) ne sont pas mortes au cœur de la France. Mais qu’en font les responsables ? ".

L’année suivante, il importa plus d’insister sur les vertus morales du héros, son sens de l’honneur et son sentiment très haut du devoir, comme dans l’article du Paris Soir du 11 septembre 1941, " le nom et la personne de Guynemer peuvent servir d’exemple en un temps où la France n’a pas trop de toutes ses gloires. "

 

Guynemer fut ensuite présenté comme un modèle de référence pour la jeunesse de France, le Progrès de Lyon du 13 septembre 1941 : " C’est ainsi que Guynemer devrait être pour tous les jeunes Français (...) un magnifique modèle d’acharnement dans l’effort. ". En 1942, ce symbole s’exprima encore plus fortement lorsque Vichy associa la mémoire de Guynemer à celle des aviateurs français morts en Syrie et à Diego-Suarez.

 

En 1943 enfin, les partisans du régime de Vichy mirent en avant le nom et l’exemple de Guynemer pour inviter les français à se réformer, à retrouver leurs forces intérieures, et à se régénérer, sans remettre en cause pourtant l’occupation allemande, mais en obéissant toujours au Maréchal : " Comme Guynemer, (...) écrivit un rédacteur de Trait d’union, (bulletin d’information des œuvres sociales de l’Air), en septembre 1943, faisons appel à ces forces qui sont en nous(...). Il ne s’agit pas de vaincre un ennemi par les armes. Il s’agit de nous vaincre nous-mêmes. Surmontons d’abord cette sorte de lassitude, de découragement(...). Nous saurons ainsi triompher d’un ennemi plus dangereux(...) ancré dans nos habitudes françaises : l’esprit de facilité, né d’un individualisme décadent. Il faut rompre délibérément avec cette base conception de la vie qui fut à l’origine de nos misères. ".

 

 

Buvard d'écolier de propagande vychiste
(droits photographiques réservés)
 

2. L’exploitation du Mythe dans la littérature vichyste

 

Pendant l'occupation, parurent deux ouvrages consacrés à la vie de Guynemer et qui furent plus particulièrement destinés au jeune public.

  • - Guynemer : l'Ange de la Victoire d'Edmond Delucinge (1942)

  • - La vie du capitaine Guynemer de Gilbert Poincelet (1943)

 

Ces ouvrages s'insérèrent parfaitement dans un mouvement de retour aux sources selon lequel le pays occupé et meurtri devait se régénérer : la propagande du gouvernement de Vichy fit alors appel aux héros du passé, parmi lesquels Guynemer fit bonne figure, aux côtés de Jeanne d'Arc ou Vercingétorix.

Cette propagande fut toute particulièrement dans les écoles et dans les périodiques destinés aux enfants. Ainsi le livre de Delucinge parut dans la collection " nos grands français ". Guynemer y fut représenté comme celui qui , avec son avion, servit le mieux sa patrie : la France.

Cette image de l’aviateur perdura après le second conflit mondial et dans les années 1950, la littérature pour enfants entretint toujours son souvenir.


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