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Extrait des questions posées par les élèves à Marie-Jo Chombart De Lauwe
A-t-on encore
l’espoir de survivre lorsque l'on côtoie tant de morts ?
On
a envie de revivre mais il faut avoir de la chance. Un des moyens de
survie est l'entraide et la solidarité entre les déportés. Il
faut toujours se battre pour demeurer des êtres humains car dans ces
camps les nazis cherchent à nous déshumaniser. Comment vivre après
Mauthausen ?
Lors
de mon arrestation, un mur de fer s'est abattu sur moi. Je suis entrée
dans un monde d'horreur. Lorsque je me suis éloignée du camp de
Mauthausen, j'ai reçu un coup de massue car il est difficile de quitter
ce que j'appelle le mal absolu. On
est écrasé à la libération mais il faut tenter de revenir vers une vie normale (études, réinsertion
dans la vie sociale). Quand avez-vous
commencé à en parler ?
Le
premier mois après mon retour, dans un amphithéâtre de l’université
de médecine à Rennes, car avant mon arrestation j'étais étudiante en
médecine. J'ai également commencé l'écriture d’un
manuscrit dès mon retour pour ne pas oublier, qui a été difficile à montrer pendant de longues années. Avez-vous eu envie
de vous venger ?
Il
faut que justice soit faite. J'ai participé en tant que témoin à
Hambourg au procès d'un des principaux responsables du camp de
Ravensbrück qui pratiquait des stérilisations
sur les populations tziganes et qui a conduit à la prononciation de la peine capitale. A quoi pensiez-vous
en vivant cette horreur ?
Nous
avions l’espoir de survivre pour pouvoir témoigner. L’amitié et le
soutien des autres détenus a été capital. Il était important de
demeurer des êtres humains (nous fêtions les anniversaires, nous récitions
des poésies…) Avez-vous eu envie
de vous suicider après la Libération ?
On
a tendance à idéaliser la vie qu’on va retrouver mais elle n’est pas
toujours à la hauteur. Personnellement je n'en ai pas éprouvé l'envie même
si le retour à la vie fut difficile. Comment viviez-vous
avec la mort ?
On
s’habitue à la mort qui frappe quotidiennement. La mort prend les
traits de visages horribles (yeux écarquillés et bouche grande ouverte)
et non les visages paisibles
et libérés que l’on voit en temps normal. Aujourd’hui,
vivez-vous ou survivez-vous ?
Je suis une re-vivante. Il a fallu réapprendre à vivre. La vie est
belle, battez-vous pour qu’elle le reste. |