| "J'ai pas pleuré..."1 A l’occasion de la Journée de la mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité, le Centre Régional « Résistance & Liberté » était heureux de proposer au public une rencontre avec Ida Grinspan. Placée au printemps 1940 par ses parents à Sompt (hameau du Pays Mellois) pour fuir les difficultés quotidiennes de la vie parisienne, Ida Grinspan (née Fensterzab) aime à revenir dans le département où elle a grandi. Au début des années 1940 dans les Deux-Sèvres, Ida ignore tout ce qui se passe à Paris jusqu’à ce que son père lui annonce l’arrestation de sa mère le 16 juillet 1942, lors de la rafle dite du Vél’ d’Hiv’. « Le ciel m’est tombé sur la tête » confie-t-elle aujourd’hui. Recensée et fichée par l’administration, Ida reçoit les étoiles jaunes que le maire de Sompt lui interdit formellement de porter, persuadé qu’elle ne sera pas inquiétée. Adoptée par la population, elle se sent protégée dans ce pays reculé des Deux-Sèvres. Pourtant, en dépit des certitudes du maire, la brigade de Melle arrête la jeune Juive dans la nuit du 31 janvier 1944, lors de la dernière grande rafle organisée dans les Deux-Sèvres. Elle a 14 ans. « J’ai pas pleuré » dit-elle fièrement aujourd’hui. Ida est internée à Drancy, avant d’être déportée à Auschwitz-Birkenau. Elle espère alors y retrouver sa mère. Victime du système concentrationnaire, son identité est réduite à un numéro matricule, tatoué sur son avant-bras gauche : 75360. Au bout de quelques jours, elle « accepte l’inacceptable » : l’idée que sa mère a pu être gazée à son arrivée dans le camp. Ida passe onze mois dans l’enfer d’Auschwitz, subissant les humiliations quotidiennes des SS et des kapos. |
Ida Grinspan au théâtre de Thouars, le 2 février 2008 |
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Le 18 janvier 1945, devant la progression de l’Armée Rouge, les SS décident d’évacuer le camp. Les détenues sont jetées sur les routes durant trois jours et trois nuits. Les survivantes sont rassemblées dans des wagons et transférées à Neustadt, où Ida contracte le typhus. Elle est soignée clandestinement par Wanda, une infirmière polonaise déportée pour résistance. En avril 1945, les soldats russes l’évacuent « en brouette » et elle reste un mois dans un hôpital en Allemagne. « Ce n’est que quand j’ai survolé la France en avion que j’ai vraiment été libérée ». Aujourd’hui, Ida Grinspan regrette de ne pas avoir été résistante. « Au moins, je n’aurai pas été enfermée dans un camp pour rien » dit-elle. Depuis le début des années 1990, elle témoigne auprès des scolaires et du grand public, car conclut-elle « l’avenir dépendra de l’information donnée sur le passé ».
1 Ida Grinspan et Bertrand Poirot Delpech, J’ai pas pleuré…, Paris, Robert Laffont, 2002. |
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