Synthèse de la conférence de Gerhard Leo

 

Gerhard Leo est intervenu sur la résistance allemande au nazisme ; son exposé s’est déroulé en deux parties : une évocation générale du rôle des Allemands dans la Résistance française puis un aperçu de ses propres activités.

 

 

D’après M. Leo, environ un millier d’Allemands a participé à la Résistance en France. Leur origine était diverse. Ils provenaient des Brigades Internationales, de l’immigration politique, ou encore des soldats de la Wehrmacht retournés.

L’intégration de ces Allemands à la Résistance s’est effectuée à partir des relations personnelles, mais surtout par une organisation dénommée M.O.I. (Main d’œuvre Immigrée) et crée antérieurement à la Seconde Guerre Mondiale par la CGT et le PCF. Le réseau mis en place par les Allemands et   " déjà formé au début de 1941 pour les allemands s’appelait Travail Allemand (T.A.). [...]. A partir de 1943, nous appelâmes ce mouvement Comité Allemagne libre pour l’Ouest [C.A.L.O.] pour être encore plus proche des buts de la lutte antinazie. Le C.A.L.O. dépendait du Front National (Mouvement de résistance communiste, à ne pas confondre avec le parti politique actuel portant le même nom) et du P.C.F. clandestin. C’était le Front National qui s’occupait de la logistique : les faux papiers, les cartes d’alimentation, l’impression de tracts. Ainsi grâce à cette aide, le C.A.L.O. a pu distribuer plus de deux cent mille tracts et journaux pour l’année 1943, touchant l’ensemble de l’armée d’occupation. L’activité du mouvement consistait aussi à contacter les militaires allemands, à s’infiltrer dans les Kommandanturs, dans les institutions allemandes afin d’y recueillir des renseignements, mais aussi d’y créer des groupements antinazis au sein des unités. Enfin certains membres participèrent directement à la lutte armée.

L’impact des activités du C.A.L.O. peut être approché par deux exemples : le colonel Caesar Von Hofhacker et trois soldats de l’état major de la marine allemande à Paris.

 

César Von Hofhacker était membre de l’état major du Général Von Stülpnagel, commandant des troupes d’occupation en France. Il s’est joint au mouvement et s’est montré le plus décidé lors de l’attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler, faisant arrêter " 600 officier SS et la Gestapo de Paris ".

Quant aux trois soldats gagnés aux idées du C.A.L.O., ils contribuèrent à renseigner les alliés et aidèrent à la Libération de Paris, apportant aux insurgés des armes et leurs connaissances.

 

 

En deuxième partie de sa conférence Gerhard Leo a expliqué et a décrit son engagement dans la Résistance.

Pour lui, tout a commencé la nuit du 27 au 28 février 1933, date à laquelle son père fut arrêté par les S.A. Son père qui était avocat, avait mené victorieusement un procès contre Goebbels. Il avait prouvé que le pied-bot de Goebbels était de naissance, contrairement aux affirmations de ce dernier, imputant son infirmité à des tortures perpétuées par les troupes d’occupation française. Par vengeance, son père fut donc interné à Oranienburg. Cette nuit le marqua profondément : " C’est cette nuit là que je suis devenu antinazi, à dix ans, car le visage que j’avais vu du nazisme [...] était son visage véritable ".Grâce à des amis influents, son père fut libéré. Ils en profitèrent pour quitter l’Allemagne et ouvrir une librairie à Paris, rue Meslay. Ce fut un lieu de rencontre pour les immigrés politiques allemands, lieu de conférence, de vente ou de prêt des premiers livres antinazis. Monsieur Leo a été bercé dans cette atmosphère, puis a milité dans une organisation de jeunes du parti socialiste. Ceci l’a mené tout droit vers la Résistance.

 

Gerhard Leo a eu sa première mission en mai 1943 à Toulouse (Haute Garonne). Il devait infiltrer la Transportkommandantur de Toulouse avec pour tâche de renseigner et de " former un mouvement, un groupement d’antinazis au sein de la Kommandantur ". Repéré et averti, il eut une nouvelle mission à Castres (Tarn) où il essaya d’approcher les soldats de la garnison et où il distribua activement des tracts.

Selon monsieur Leo, les soldats redoutaient d’aller sur le front de l’est, " Ils considéraient, en général, leur séjour en France comme des espèces de vacances du Front de l’Est . Les soldats étaient très préoccupés  par les bombardements en Allemagne, mais surtout par la "connaissance des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité surtout en Pologne et en Russie ". Il certifie que les allemands, avec qui il a parlé " en 1943 là-bas, en été, en automne, en hiver, [...] connaissaient, [...] savaient ce qui se passait en Russie et en Pologne. Ils avaient vu eux-mêmes les massacres de civils par centaine, par milliers, d’autres leur en avaient parlé et ça les hantaient ". Il les entendait dire " après tout ce que nous avons fait en Pologne et en Russie, si nous perdons la guerre et si les alliés faisaient la même chose avec nous, il n’y aura plus de peuple allemand donc on ne peut plus perdre la guerre ".

 

Après dix mois d’activité résistante, Monsieur Leo est arrêté par l’Abwehr (le service secret de la Wehrmacht) fin février 1944 à Castres. Il fut accusé par le tribunal militaire de Toulouse (le Kriegswehrmachtgericht) : de refus de servir dans l’armée allemande, au regard de sa nationalité, de désagrégation systématique du moral de l’armée allemande et de haute trahison.

Il est traduit devant le conseil de guerre le 03 mai 1944, mais son procès est reporté au 1er juin afin d’être jugé par le tribunal suprême de la Wehrmacht à Fresnes. Le 31 mai 1944, Monsieur Leo prend donc le train Toulouse/ Paris. Le train est arrêté en gare d’Alassac, une petite gare de Corrèze. C’est là qu’un groupe de Francs-Tireurs et Partisans le libère. Il est alors intégré de leur " unité la 305ème Compagnie des Francs-Tireurs et Partisans de la Corrèze, 3ème Région Militaire ". Puis il prend part aux combats contre la Division SS " das Reich ". Il combat jusqu’à la fin de la guerre dans les Forces Françaises de l’Intérieur avant de regagner l’Allemagne.

Retour