Une Mémoire Commune

Table Ronde entre les élèves de Jean Moulin et de Diepholz

Débat coordonné par les professeurs Gilles Laurent et Madame Wöstmann (pour la traduction simultanée)
et par le Centre Régional "Résistance et Liberté" Isabelle Rivé (Directrice) et Guillaume Guerder (Responsable Animation)
Gilles Laurent (professeur Thouars) J'aimerais commencer ce travail en réfléchissant à haute voix sur les raisons qui nous amènent à travailler ensemble sur l'histoire de Thouars et de Diepholz pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Pourquoi travailler sur ce sujet ?
Est-ce un sujet difficile ?

- Est-ce un sujet difficile pour les Français ?
- Est-ce un sujet difficile pour les Allemands ?
- Est-ce un sujet difficile pour les jeunes qui n'ont pas vécu cette période?

Idelma (élève Jean Moulin) Je pense que c'est un bon sujet et que c'est difficile pour nous les jeunes.
Frederike (élève de Diepholz) Pour les jeunes, c'est important, car lors d'un voyage en France (l'année dernière) une personne m'a traité de Nazie, et ça pour moi, c'est un mal entendu. C'est quoi les nazis? C'est pas clair pour tous les jeunes.
Gilles Laurent (professeur Thouars) Qu'as-tu éprouvé, qu'as-tu ressenti ?
Frederike (élève de Diepholz) Je pense que la personne ne sait pas ce qu'elle dit puisque ce n'est pas ma génération qui a fait ça.
Lasse (élève de Diepholz) Je trouve que nous, les Allemands, nous avons le mauvais rôle. Je pense également que ce sujet est encore difficile pour beaucoup de Français
Guillaume Guerder (Responsable animation C.R.R.L.) Tu penses qu'il n'y a pas eu de pardon.
Lasse (élève de Diepholz) Oui, mais nos grands-parents sont désolés parce qu'ils ne veulent pas refaire quelque chose comme ça. C'est aux Français de pardonner la violence entre 1939 et 1945.
Karl-Vladimir (élève de Jean Moulin) Je trouve que c'est bien de faire ce travail entre jeunes français et jeunes allemands, c'est une bonne façon de se rappeler ce qui s'est passé et d’éviter de reproduire les mêmes erreurs
Thomas (élève de Jean Moulin) Je pense que ce n'est pas à nous " jeune génération " d'oublier ni de pardonner parce que nous n’avons pas à en vouloir à la génération qui est là car elle n'y est pour rien. Ce n'est pas à nous de pardonner aux gens qui l'ont vécu.
Isabelle Rivé (Directrice du C.R.R.L.) Êtes-vous bien informés sur la période du nazisme ?
Frederike (élève de Diepholz) Nous avons eu des cours à l'école sur l'histoire de la guerre et nous avons également visité une exposition en Allemagne "Les crimes de la Wehrmacht"
Guillaume Guerder (Responsable animation C.R.R.L.) Vous avez visité l'exposition sur la "Wehrmacht", aujourd'hui vous travaillez sur l'histoire de la Seconde Guerre Mondiale, quelle est la réaction de vos parents et de vos grands- parents?
Frederike (élève de Diepholz) Personnellement, j'ai encore mes grands-parents et mes arrières grands-parents et ils ne parlent pas de cette période.
Judith (élève de Diepholz) Dans beaucoup de famille, les grands-parents ne parlent pas de ce sujet, peut-être est-ce parce qu'ils se sentent coupables ou victimes. On ne sait pas exactement. De plus, mon cas est spécial puisque mon grand-père est mort et ma famille vient de Roumanie.
Frederike (élève de Diepholz) Mon grand-père m'a très peu parlé des années de guerre. Il m'a expliqué avoir fait partie des jeunesses hitlériennes. Il a appris beaucoup de choses, il a fait du ski, passé des week-ends en camping. S'il n'avait pas fait partie des jeunesses hitlérienne, il n'aurait pas pu faire tout ça.
Inke (élève de Diepholz) Peut-être qu'au début, les jeunesses hitlériennes étaient comme ça, mais après cela a changé puisque les jeunes se sont rendus compte qu'il fallait qu’ils partent à la guerre
Judith (élève de Diepholz) Les jeunes ont été bien préparés par les jeunesses hitlériennes, ils connaissaient les dangers de la guerre, mais ils étaient convaincus de faire quelque chose de bien.
Inke (élève de Diepholz) Il y a une différence entre l'imaginaire et la réalité de la guerre. Sans doute que les jeunes ne savaient pas ce qui les attendait.
Anna (élève de Diepholz) Je pense, comme Judith, que c'est une question d'idéologie, d'éducation et à cette époque les gens étaient d'accord pour partir à la guerre. Les jeunes étaient pleins de joie et convaincus de la guerre.
Idelma (élève de Jean Moulin) Il est difficile de parler de la guerre car les personnes qui l’ont vécue n'aiment pas que l'on reparle de ce qui a été fait.
Gaëlle (élève de Jean Moulin) Je ne suis pas d'accord avec Idelma, elle dit qu'il ne faut pas trop en faire, qu'il faut cacher certaines choses. Moi, je pense que cela va permettre de ne pas oublier et de savoir vraiment ce qui s'est passé.
Idelma (élève de Jean Moulin) Ce n'est pas cacher, c'est faire attention, par exemple pour ne pas rendre nos grands-parents coupables.
Gaëlle (élève de Jean Moulin) Justement, ce n'est pas cela, c'est le contraire.
Idelma (élève de Jean Moulin) Ce n'est pas cacher mais il ne faut pas montrer des films ou des photos des camps de concentration et dire "Vos grands-parents ont fait ça".
Judith (élève de Diepholz) Ce n'est pas à nous de juger, ce n'est pas notre devoir et nous ne pouvons pas le faire. Mais ce qui est important, c'est de savoir ce qui s'est passé entre la France et l'Allemagne au niveau des 3 guerres parce qu'aujourd'hui, il y a l'Union Européenne. Et il faut que les 2 pays se connaissent et se comprennent.
Julia (élève de Diepholz) Je pense que c'est surtout très important pour les jeunes de parler de ce sujet.
Anke (élève de Diepholz) C'est difficile de parler avec nos grands-parents sans avoir de reproches, c'est possible qu'il y ait toujours des reproches venant de cette génération.
Lasse (élève de Diepholz) Je me demande si les Français savent que la majorité des Allemands étaient obligés de combattre.
Karl-Vladimir (élève de Jean Moulin) Je ne pensais pas cela. Je croyais l'inverse,  c'est-à-dire que la majorité des Allemands voulait combattre.
Lasse (élève de Diepholz) Pour moi, il y avait une pression du groupe : ils devaient partir à la guerre.
Frederike (élève de Diepholz) Il faut savoir aussi pourquoi on a fait la guerre. En Allemagne, il y avait des problèmes de chômage et aussi d'argent.
Isabelle Rivé (Directrice du C.R.R.L.) Qu'évoque, pour vous Français et Allemands, la date de 1919 ?
Frederike (élève de Diepholz) Je ne sais pas mais pour moi les principaux problèmes en Allemagne qui ont provoqué la guerre étaient la dette financière allemande envers des pays étrangers et le manque de travail pour tout le monde.
Judith (élève de Diepholz) Pour moi, à l'inverse de Frederike, ce n'est pas l'argent, c'est l'idéologie qui est la cause de la guerre. C'est vrai qu'il y avait le chômage et le manque d'argent mais pour moi ce n'est pas ça la cause de la guerre.
Isabelle Rivé (Directrice du C.R.R.L.) Quelqu'un peut-il me rappeler comment Hitler est arrivé au pouvoir et pourquoi ?
Anke (élève de Diepholz) C'est le président Hindenburg qui a donné le pouvoir à Hitler après les élections. Hitler a mis son pouvoir en place et il fait les choses qu'il avait promis comme donner du travail. Mais il a aussi persécuté ses adversaires en interdisant les partis politiques.
Gilles Laurent Je crois que l'on pourra à un moment ou à un autre, soit ici ou à Diepholz revenir sur ces questions. Pour bien vérifier que nous racontons la même histoire. Voir comment nous racontons l'histoire du nazisme en France, voir comment nous expliquons l'arrivée au pouvoir de Hitler et comment les Allemands l'expliquent.
Gaëlle (élève de Jean Moulin) Je pense qu'en France on connaît moins bien l'histoire du nazisme que les Allemands, il y a quand même des choses qui ne sont pas acquises.
Gilles Laurent Ces choses seront acquises pendant cette année scolaire ou pendant le séjour
Guillaume Guerder (Responsable animation C.R.R.L.) Vous allez rencontrer des témoins, des hommes et des femmes âgés de 80 ans et plus qui ont vécu et souffert de la guerre, aussi je vous demande de réfléchir à ces rencontres.
Judith (élève de Diepholz) Je pense que  cela sera intéressant de parler avec des témoins parce que c'est toujours plus facile de comprendre leurs expériences, leurs sentiments. La guerre, c'est toujours la même chose, la peur, la faim, c'est toujours pareil mais ce qui est intéressant c'est de savoir quelles étaient les réactions des Français par exemple lors de l'arrivée d'Hitler au pouvoir.
Anke (élève de Diepholz) Je me demande comment on va rencontrer ces témoins. Est-ce qu'on va pouvoir se parler? Vont-ils montrer de la haine ?
Annette Wöstmann Tu as un peu peur ?
Anke (élève de Diepholz) Oui
Idelma (élève de Jean Moulin) Cela va être difficile de parler avec des témoins parce que c'est leur vie, cela reste intime. En plus ils vont parler de choses douloureuses.
Karl-Vladimir (élève de Jean Moulin) Personnellement, je pense que les témoins n'auront pas d'appréhension même si ce sont des Allemands qui les interrogent parce qu'ils feront la différence entre les générations.
Judith (élève de Diepholz) Les témoins feront la différence entre notre jeunesse et leur génération.
Idelma (élève de Jean Moulin) Je pense que les témoins doivent avoir de l'amertume par rapport à ce qu'ils ont vécu et c'est possible que cela ressorte.
Lisa (élève de Diepholz) Les témoins vont accepter parce qu'en plus c'est une chance pour nous Allemands d'apprendre des choses. Ils n'auront pas de reproche envers les jeunes.
Thomas (élève de Jean Moulin) Aujourd'hui, les jeunes qui sont là n'ont pas à se sentir coupables ni a ressentir une certaine gêne par rapport aux actes des générations précédentes.
Frederike (élève de Diepholz) J'imagine que pour les témoins ce n'est pas facile de parler de ces sujets.
Gaëlle (élève de Jean Moulin) J'ai déjà parlé avec mes grands-parents mais ils en parlent peu et ils n'ont pas vécu de choses terribles.

 

 

Remerciements à Fabien Cailleau Technicien Audiovisuel du C.R.R.L. pour l'enregistrement des entretiens